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2 juillet 2020

Cet été, découvrez des auteurs autochtones !

Dans la foulée du Mois national de l’Histoire autochtone, nous vous proposons de plonger cet été dans les œuvres d’auteurs autochtones du Canada que nous avons publiées aux Éditions David. Des œuvres de Waubgeshig Rice, de David Groulx ou de Rosanna Deerchild, écrites en anglais, traduites en français, qui répondent au besoin de « dire » les réalités et le quotidien des Premières Nations (par exemple, les traditions et la culture des peuples autochtones, la vie dans les réserves, l’histoire des écoles résidentielles).

Le legs d’Eva [1] (2017) de Waubgeshig Rice, dans une traduction de Marie-Jo Gonny, raconte l’histoire d’Eva Gibson, une jeune étudiante autochtone battue à mort lors d’une soirée dans un bar à Toronto. Puis celle de ses frères et de sa sœur qui devront vivre avec cette perte et faire honneur en quelque sorte au legs qu’Eva leur laisse. Cette histoire qui évoque celle de milliers de femmes autochtones assassinées ou portées disparues au Canada, témoigne de la dure réalité qui heurte certaines communautés autochtones, de la violence et de la détresse qui en résultent, mais aussi de cette parcelle d’espoir qui reste là, malgré tout.

Un autre titre de Waubgeshig Rice à découvrir cet été, le recueil de nouvelles La cérémonie de guérison clandestine [2] (2019), également traduit par Marie-Jo Gonny. Dans ce livre, l’auteur nous ouvre au monde de personnages qui, empreints d’un mal-être, partagent le même désir de guérison. Réunis sous la tente à sudation (sweatlodge) et guidés par l’Aîné selon un rituel ancestral, de jeunes Autochtones sont invités à revenir sur un sombre épisode de leur passé.

Depuis sa rencontre avec David Groulx, en 2014, au Festival international de la poésie de Trois-Rivières, le poète franco-ontarien Éric Charlebois a traduit deux recueils du poète autochtone d’Elliot Lake, soit Sans pitié [3] (2014) et Les carnets de Wendigo [4] (2020). Dans Sans pitié, Groulx dénonce les difficultés de cohabitation entre Blancs et Autochtones, mais aussi l’aliénation, la division, l’appartenance, des sujets toujours d’actualité, marqués du sceau des préjugés, de l’oppression et de l’injustice. Ses poèmes parlent également de guerre et de paix, de protestation et de résistance, de regrets et d’espoir.

Dans Les carnets de Wendigo, Groulx revisite la figure mythique du Wendigo, un être surnaturel présent dans la spiritualité du peuple algonquin en Amérique du Nord. D’après la légende, les humains cupides ou faibles se transformeraient en cette créature cannibale, assoiffée de sang. Aux côtés de ce personnage, qui prend une dimension coloniale, se tisse un récit dans lequel s’entremêlent diverses figures de la mythologie autochtone, des thèmes récurrents dans l’œuvre du poète. 

Rosanna Deerchild, une auteure crie du nord de Manitoba, sentait que c’était son devoir et son rôle de partager l’histoire de sa mère, une survivante des pensionnats autochtones. Dans le nom de mama [5] (2018), traduit par Mishka Lavigne, la poète se fait l’écho de sa mère, qui a vécu l’enfer, de l’âge de cinq à quatorze ans, dans trois différents pensionnats autochtones du Manitoba. C’est en 2008, lorsque la Commission de vérité et réconciliation du Canada commença à récolter les témoignages de survivants de ces pensionnats, que la mère de Rosanna, brisant cinquante ans de silence, parla de ces neuf années passées loin de South Indian Lake, loin des siens.

À surveiller en octobre prochain : Le rôdeur de nuit [6] de Drew Hayden Taylor, un roman gothique autochtone traduit par Eva Lavergne, à paraître dans la collection 14/18. Tiffany, une adolescente anishinaabe qui traverse une période difficile dans la réserve de Lac-aux-Loutres, fait la rencontre d’un être étrange, qui s’avère être un homme ayant vécu dans le même village… il y a plus de 300 ans. Parti en Europe, où il aurait connu une fin tragique, il revient dans son village sous la forme de Wendigo, une sorte de vampire dans les légendes anishnaabes, pour y trouver la paix.
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[1] Une traduction du roman Legacy, publié en 2014 chez Teytus Books, Pentiction (Colombie-Britannique).
[2] Une traduction du recueil de nouvelles Midnight Sweatloge, publié en 2011 chez Teytus Books, Pentiction (Colombie-Britannique).
[3] Une traduction du recueil de poésie Imagine Mercy, publié 2013 chez Bookland Press, Markham (Ontario).
[4] Une traduction du recueil de poésie The Windigo Chronicles, publié en 2016 chez Bookland Press, Markham (Ontario).
[5] Une traduction du recueil de poésie Calling Down The Sky, publié en 2015 chez Bookland Press, Markham (Ontario).

[6] Une traduction du roman The Night Wanderer, publié en 2007 chez Annick Press, Toronto (Ontario).