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8 octobre 2019

Henriette Levasseur et Anouk’chet Suong : l’histoire d’une belle complicité

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Depuis une dizaine d’années, Henriette Levasseur, pigiste en communications, fait du bénévolat à la Maison Mathieu-Froment-Savoie de Gatineau, un centre de soins palliatifs. C’est dans le cadre de ce travail qu’elle a fait la rencontre d’Anouk’chet Suong, une infirmière et couturière d’origine cambodgienne, qui a émigré au Canada en 1981. Henriette, originaire de Saint-Boniface, au Manitoba, habite la région de la capitale nationale depuis une quarantaine d’années. Elle était loin de se douter que, de cette rencontre, allait naître une belle complicité…

Au départ, les deux femmes se rencontraient surtout pour aider Anouk’chet à préparer son examen de français pour le Cégep. Au fil de leurs échanges, Henriette a appris que son étudiante avait survécu aux atrocités des Khmers rouges, un régime communiste d’une extrême violence qui a détruit le Cambodge en évacuant les villes et en forçant les citoyens à travailler dans les campagnes, en particulier dans les rizières. Sur 7, 5 millions d’habitants, 1,7 million de Cambodgiens sont morts de 1975 à 1979.

Touchée par l’histoire d’Anouk’chet, Henriette l’a par la suite encouragée à raconter son histoire. Celle de cette petite fille qui a dû faire preuve de résilience dans un environnement cauchemardesque et qui a subi de graves traumatismes physiques et psychologiques. Anouk’chet a plutôt demandé à Henriette de prendre la plume en son nom.  Anouk’chet : une fillette au pays des Khmers rouges, est l’histoire incroyable de résilience de cette Canadienne d’origine cambodgienne.

Cambodge, 1975. Anouk’chet a cinq ans et file une enfance heureuse dans un milieu aisé, au sein d’une famille qui exerce dans le domaine du commerce. Sa vie bascule lorsque les Khmers rouges, qui rejettent toute forme d’autorité et tout ce qui relève de la bourgeoisie, prennent le pouvoir. Les habitants, chassés de leurs maisons, sont obligés à laisser leurs biens derrière. Ces Cambodgiens seront logés sommairement dans les campagnes, privés d’eau, de riz et de toute nourriture digne de ce nom.

Âgée d’à peine sept ans, Anouk’chet doit aider à bâtir des digues dans les rizières. Au cours des quelque trois ans qui suivent, elle est séparée de sa famille, souffre de faim et de soif. Ayant perdu à la fois sa mère, son père, ses frères et ses sœurs, elle est habitée par un profond  sentiment d’abandon. Constamment surveillée et contrainte d’obéir aux ordres, elle rêve de liberté. Cette soif de liberté et sa force de caractère lui permettront de se révolter intérieurement et de survivre aux ignominies du régime. Après le départ des Khmers rouges du Cambodge en 1979, Anouk’chet vivra encore deux ans dans des camps de réfugiés, avant d’émigrer au Canada.

L’histoire, qui a demandé à la protagoniste de replonger dans des souvenirs extrêmement douloureux, est fondée sur une suite d’entrevues qu’Henriette a réalisées avec soin sur une base régulière avec Anouk’chet au fil de quelques années. Des recherches qu’Henriette a entreprises dans la littérature (par exemple, des mémoires de survivants) et les films sont venues nourrir la trame narrative.

Raconté du point de vue d’une enfant plutôt que dans une perspective d’adulte, le récit d’Henriette et d’Anouk’chet est imprégné de sensibilité, de fraîcheur et se distingue par son innocence et son insouciance. Une quête de beauté et de liberté qui contraste avec la monstruosité de l’époque.

Anouk’chet est à l’image du lotus, qui émerge des eaux stagnantes (dans ce cas, l’eau des rizières) pour éclore et manifester toute sa beauté.

J’allais à la rivière tremper mon pied dans l’eau claire et je me souviens tout particulièrement d’un jour où la surface de l’eau m’a renvoyé un parfait reflet du ciel et des nuages. En contemplant cette belle image, je me suis mise à rêver à la douce vie que j’avais menée auprès de ma grand-mère et de ma famille et j’ai éclaté en sanglots. Les larmes coulaient le long de mes joues comme de petites vagues emportées par le courant.

Pour creuser davantage le sujet, lisez l’article préparé par Alice Côté-Dupuis du Regroupement des éditeurs franco-canadiens.

Anouk’chet : une fillette au pays des Khmers rouges, écrit par Henriette Levasseur, d’après le récit d’Anouk’chet Suong, en librairie depuis le 17 septembre 2019 !