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9 novembre 2017

Montréal à l’époque du tramway et du cinématographe

Rentrée-Léa

En 2005, Micheline Tremblay se met à l’écriture d’un récit inspiré par un événement ayant bouleversé la vie de sa grand-mère maternelle : cette dernière s’était vue refuser par son propre père d’épouser l’homme qu’elle aimait. Afin d’honorer sa famille, elle se mariera, devant Dieu, avec le premier venu. Il s’agit d’une situation semblable à laquelle est confrontée Léa dans le roman de Micheline Tremblay, Léa. J’ai la mémoire chagrine. Léa Bertrand, fille d’agriculteurs, voit très tôt ses projets contrecarrés par la volonté de son père, puis par la rigidité de l’Église qui refuse de la relever du serment qu’elle a fait après le rejet de son amoureux. Une fascinante saga, à saveur historique, au centre de cet univers que forme la famille, avec la mémoire comme thématique principale.

La première partie du roman débute avec la naissance en 1885 de Léa, aux Cèdres, un petit village à l’ouest de Montréal. On la suivra alors jusqu’à l’adolescence, période pendant laquelle ses parents l’enverront travailler dans une maison de pension dont la propriétaire est la belle-sœur de son père. La jeune femme de la campagne découvrira, avec fascination, la modernité qu’offre la ville (par exemple, ses tramways et grands magasins, le cinématographe). Des circonstances malheureuses la ramèneront toutefois aux Cèdres afin qu’elle puisse venir aider sa mère, dont la santé est fragile, à la suite d’un accouchement prématuré. Pendant ce temps, Télesphore Létourneau, un ancien camarade de classe, lui fera de l’œil et leur relation amicale se transformera en relation amoureuse…

Dans la deuxième partie du livre, nous pénétrons dans un autre univers, mais aussi dans un autre temps, soit la période des orphelinats des années 1920, plus précisément à l’orphelinat d’Huberdeau, dans les Laurentides. Romuald Lamoureux, infirme de naissance, est victime d’intimidation. Heureusement, il peut compter sur son frère plus costaud, Rodolphe, pour le défendre. Lors d’un malencontreux événement, ce dernier, également atteint d’une déficience mentale, voulant protéger son frère, blesse l’un des pensionnaires. Il est par la suite menacé d’expulsion. Romuald craint qu’on envoie son frère dans une autre institution et qu’ils soient ainsi séparés. Des problèmes qui seront difficiles, mais pas impossibles à résoudre… Les deux frères se rendront à Montréal, où Romuald se trouvera un travail qui leur permettra de vivre décemment.

Enfin, dans la troisième partie du livre, qui se déroule dans les années 1930, nous faisons la rencontre de Juliette et de ses quatre frères et sœurs. De fil en aiguille, de page en page, l’auteure de ce roman nous apprendra que les destins de tous ces personnages sont reliés les uns aux autres.

Grâce aux nombreuses recherches effectuées dans les archives de la ville de Montréal et des conditions de vie de ses habitants au XXe siècle, Micheline Tremblay nous livre un premier roman fascinant qui nous fait revivre le Montréal d’une époque pas si lointaine de la nôtre.