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2 mai 2017

Waubgeshig Rice : passeur de l’espoir autochtone

Auteur-WRice

Ces dernières années, les médias ont souvent fait mention des milliers de femmes autochtones qui ont été assassinées ou portées disparues au Canada. Très peu de livres de fiction, particulièrement en français, font toutefois écho à ce drame qui frappe les communautés autochtones au pays.

Waubgeshig Rice, un auteur anishinaabe originaire de la réserve de Wasauksing, aux abords de la Baie Georgienne, a voulu en faire la matière d’un premier roman, extrêmement touchant, publié originalement en anglais sous le titre Legacy[1]. Traduit en français par Marie-Jo Gonny, Le legs d’Eva (David, 2017) nous fait témoins d’un drame survenu dans une famille autochtone, de la violence et de la détresse qui en émanent, mais aussi de cette parcelle d’espoir qui reste là, malgré tout.

À l’hiver 1989, Eva Gibson, une jeune Anishinaabe du nord de l’Ontario, est étudiante à l’Université de Toronto. Motivée à terminer ses études en droit, Eva souhaite retourner vivre dans sa communauté afin de servir les siens. Malheureusement, un soir, lors d’une rare sortie avec des amis, elle est battue à mort par un homme qu’elle a rencontré dans un bar. La nouvelle dévaste ses frères et sa sœur. Certains feront leur deuil en se tournant vers les traditions, tandis que d’autres sombreront dans la débauche. Tous resteront néanmoins liés par le même sentiment de vengeance. Pour écrire ce roman, Waubgeshig aura rencontré de nombreuses familles autochtones (dont la sienne) qui, malgré le deuil et la peine que la mort tragique d’un proche leur aura laissés, continuent de lui rendre hommage afin que les souvenirs de l’humain (plutôt que de la victime) vivent toujours.

Waubgeshig Rice a très tôt développé une passion pour la culture et la littérature anishinaabe. Alors qu’il n’est âgé que de 17 ans, il quitte sa communauté du nord de l’Ontario afin de prendre part à un échange étudiant au nord de l’Allemagne. Il écrira alors pour des journaux canadiens sur son expérience en tant qu’Anishinaabe dans un pays européen. Aujourd’hui, son œuvre reste largement construite à partir de ses expériences en tant qu’Autochtone ici et ailleurs, mais aussi d’éléments d’histoires racontées par les aînés de sa communauté. C’est d’ailleurs les textes que Waubgeshig aura écrits pendant son adolescence qui formeront Midnight Sweatlodge (Theytus Books, 2011) un premier recueil de nouvelles. Diplômé en journalisme de l’Université de Ryerson en 2002, Waubgeshig aura depuis travaillé pour différents médias canadiens avant de devenir vidéo journaliste pour CBC News à Ottawa.

Lauréat de plusieurs prix, dont le Debwewin Citation for excellence in First Nation Storytelling pour son travail de journaliste et d’auteur, Waubgeshig Rice espère, avec ses livres (dans leur version traduite ou originale), conscientiser les lecteurs du Canada et d’ailleurs aux enjeux des communautés autochtones, à leur fragilité, mais aussi, et surtout, à leurs richesses, à leur force et à leur résilience.

Soudain, elle sentit sa bouche ouverte, mouillée autour de la sienne, tandis que
Mark lui écrasait le dos contre le mur. Sa force lui coupa le souffle et elle ne
pouvait pas respirer. Elle ne pouvait pas crier, et elle se débattait pour mettre
ses bras entre eux quand elle le sentit fourrer sa main entre ses jambes. Son
coeur battait à tout rompre et la panique la reprit. Mais c’était une panique
beaucoup plus intense et épouvantable.

Son instinct la fit lui donner un coup de genou dans les couilles. C’était le coup
le plus fort qu’elle ait jamais donné. […]

Fucking indienne ! cria-t-il en lui cognant d’un poing puissant la joue gauche.

 Feuilletez Le legs d’Eva de Waubgeshig Rice

Vous pouvez aussi suivre l’auteur sur Facebook ou sur son site Web.

[1] Waubgeshig Rice, Legacy, Theytus Books, Pentiction (C.-B.), 2014.